dimanche 4 mai 2008

18 la Lune




18 la Lune

"Pour déployer les splendeurs du ciel, la Nuit plonge la terre dans les ténèbres, car les choses d'en haut ne se révèlent à notre vue qu'au détriment de celles d'en bas. Nous aspirons cependant à rattacher le céleste au terrestre par une contemplation simultanée, rendue possible quand la Lune répand sa pâle clarté.
Cet astre, qui s'associe aux étoiles sans amortir leur éclat, n'éclaire qu'à demi les objets que baigne son incertaine lumière d'emprunt. La Lune ne permet pas de distinguer les couleurs; elle teinte de gris argenté ou de nuances bleutées indécises ce que frappent ses rayons, en laissant subsister ailleurs le noir opaque des ombres de la nuit... le visionnaire imaginatif voit les choses sous un faux jour...Dupe des contrastes apparents, il imagine la matière dense, solide, lourde et indestructible, alors qu'elle se réduit, en dernière analyse, à des tourbillons infimes d'une impondérable substance éthérique...
Attendons-nous à des chutes fréquentes, en nous méfiant de pièges dissimulés. D'autres, heureusement, nous ont précédé en cette dangereuse exploration. Leurs pas ont tracé un sentier où se révèlent des gouttes de sang. Cette piste douloureuse conduit au but celui qui persévère en dépit des obstacles et des menaces.
Le téméraire qui s'y engage longe tout d'abord un marais où coassent les grenouilles. Leur vacarme attire le voyageur curieux de contempler le miroitement de la lune ; il avance sur un sol devenant de plus en plus humide, jusqu'au moment où ses pieds s'enfoncent. Craignant de s'enliser, il recule alors pour gagner un tertre d'où il admire en sécurité le jeu de la lumière nocturne à la surface de l'eau stagnante.
Il est fait ici allusion aux productions imaginatives. Leur attirance risque d'arrêter notre marche en nous retenant dans le vase des conceptions inconsistantes ; aussi convient-il de goûter le charme des fictions en prenant soin de se maintenir en terrain solide...Loin de se détourner, dédaigneux, du marais de la foi instinctive, le sage s'efforce donc d'en pénétrer le mystère. En plein jour, il ne percevrait rien de ce qui s'agite dans les profondeurs de l'eau trouble, mais à la clarté de la Lune, il distingue une immense écrevisse émergeant immobile de l'onde croupissante. Ce crustacé dévoile tout ce qui est corrompu..." Il est la police du marais."Il serait funeste de laisser subsister des croyances mortes entrainant à des pratiques répréhensibles : le crabe y met bon ordre. S'il marche à reculons, c'est que son domaine est le passé, non l'avenir qu'il fuit..."
Vous avez reconnu le Cancer.
"Près du marais où règne le Cancer, deux chiens gardent la route qui est astronomiquement celle du Soleil...Ils aboient à la Lune pour l'empêcher de franchir la limite des tropiques, car cet astre fantaisiste s'écarte consciemment de la ligne de l'éliptique tracée par l'immuable marche du Soleil. Les chiens deviennent les Cerbères préposés à la défense des régions interdites où l'imagination s'égare."Les deux tours carrées représentent les ultimes sentinelles pour avertir l'imprudent des dangers qui le menacent, si, après avoir dépassé les chiens, il prétend s'élancer dans la steppe perfide où l'attire la Lune.
"Si l'irrésistible attrait du mystère l'emporte sur la voix des deux tours, rien n'arrêtera plus le prédestiné. Appelé à subir les redoutables épreuves de l'initiation, il entrera dans le noir d'une épaisse forêt, où le frôleront des fantômes ; puis il lui faudra gravir péniblement une hauteur d'où sa vue s'étendra sur une plaine argentée."....

Extrait de"Le Tarot des imagiers du Moyen-Age"d'Oswald Wirth.
La carte est la 18ème lame majeure du Tarot d'Oswald Wirth, 1ère édition en 1889,
l'édition présentée ici date de 1976 (elle est beaucoup plus colorée).

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